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MALI

de Bamako au Sahara

A M B I A N C E S

# série photographies & sons

documentaire 

Au Mali, la musique se vit. Elle fait partie intégrante d'un quotidien perpétué, où gestes ancestraux sont naturellement réitérés depuis des générations. Griots, artistes, chefs de villages, vieux sages ou marabouts deviennent alors incontournables dans cette éducation à la vie. Le Mali est un pays où l'expression de la diversité culturelle se manifeste à travers différentes "ambiances" ... Ambiances que l'on traverse, vit et partage au cours d'un long voyage en immersion.

 

" A M B I A N C E S " est une série documentaire en cinq parties qui propose de mêler images & sons pour rencontrer ces artistes, partager leur imaginaire et entrevoir leurs perceptions

Le flûtiste peulh
 

#1

ESCALE EN PAYS MANDINGUE

Le Mandé, situé dans la zone sud-ouest du Mali, constitue le berceau de la civilisation malienne. Il est traversé par les Monts Mandingues, avec une falaise de 13 km. Géographiquement, Siby est située au pied de cette falaise et est donc considérée comme le cœur du Mandé. Soundjata Keïta, le fondateur de l’Empire Mandingue, voulant prouver sa bravoure et son dévouement, aurait fendu la roche de ces monts d’une seule flèche et déclaré « Un jour, on appellera cela l’œuvre de Kamadjan ». L’arche de Kamadjan, surplombant ainsi Siby, est un site qui représente la source de vie des esprits invisibles. Il existe depuis des millénaires et était adoré par les hommes qui s’y rendaient pour y faire des sacrifices, dictés par les pratiques animistes. Les griots seraient apparus à l'époque de Soundjata Keïta. Ce dernier ne se séparant jamais de Balla Fasséké, son griot attitré.

 

Quand les musiciens chantent l'épopée de Soundjata…

Au Mali, la civilisation malinké (Mandé, province d'origine de Soundjata Keïta) prédomine et a laissé un puissant héritage musical. Ainsi, histoire et musique sont intimement liées en ces terres. 

Les griots du Mandé sont appelés « djeli », ce qui signifie « le sang ». Ils représentent ainsi le sang de la société, la source vitale, un lien social fondamental. Adjoints des « Diatigui » (nobles tels les princes, les hauts dignitaires et les grands guerriers), ils connaissent les lois, mémorisent et transmettent l’histoire de père en fils et se doivent d’être les porte-parole du peuple et les conseillers des rois. De part leur appartenance au groupe des Nyamakala (gens de caste), ils étaient les seuls à pouvoir jouer avec les forces de la nature : faire de la musique, travailler le fer, le bois ou le cuir. Ils sont ceux qui n'ont pas de totem ou d'interdits. Pour chanter les louanges de leurs maîtres, ils s'accompagnent de la kora, du n’goni, du balafon, du djembé ou du encore du tamani ; les instruments traditionnels mandingues. Dans leurs morceaux, ils rappellent la genèse de l'Empire, les hauts faits des puissants auxquels ils restent attachés, ou reviennent sur une partie de chasse miraculeuse ou une fête mémorable. A la fois craints et admirés, ils sont incontournables.

A partir du 18e siècle, les griots prennent la voie de la modernité, participant par exemple à des évènements particuliers (naissances, mariages, funérailles). Ceux pour qui ils chantent leur font des présents qui constituent leurs ressources. Aujourd'hui, le rôle du griot s'est banalisé et a perdu de son prestige. Dans les villes, ils deviennent souvent des artistes professionnels utilisant des instruments modernes.

 

L’indépendance du Mali mène le pays vers une modernité musicale...

Suivant l’exemple de nombreux pays ouest africains, et plus précisément celui de la Guinée, le Mali soutient activement, dès l’indépendance en 1960, la création d’orchestres valorisant les rythmes régionaux.

Kélétigui Diabaté, le virtuose du balafon, Kar Kar et son « Mali twist » ou le Super Biton de Ségou aux rythmiques bambara, suscitent l’exaltation dans tout le pays. A la même période, le guitariste Ali Farka Touré s’inspire des racines songhaï et touarègues pour nous surprendre avec son blues mandingue aux sons sahéliens. La décennie 1960-70 est ainsi imprégnée d’une éclosion de groupes et de troupes nationales et voit naître les « biennales » organisées tour à tour dans chaque région.

Un style néo-mandingue voit le jour ; jeux de guitare inspirés de la musique cubaine, voix aux riches intonations, fusions et amplification des instruments traditionnels, apportent une autre couleur à la musique mandingue.

A l’issue de cinq mois passés au Mali à la recherche de ces artistes émouvants, voici ceux dont nous avons croisé le chemin, ceux qui nous ont accordé de leur temps, parlé de leurs origines, de leur combat et qui ont partagé leur passion…

 

… au gré des rencontres, entre images & sons, voici « Escales en pays Mandingue » …

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#2

RITUELS DOGONS

« Merci, nous avons vu le soleil ! » dit-on en pays Dogon avant de parler des coutumes et traditions… Pas d’écrits, pas de papiers, seule la parole reste… Parole des vieux sages du village qui transmettent le savoir, les coutumes et l’art de vivre dans la société Dogon. Imposer des limites pour mieux organiser la société, pour mieux vivre et profiter de l’harmonie de la vie. C’est une sorte d’organisation que personne ne peut délaisser tant son importance est grande. Ainsi, chaque geste du quotidien est dicté par des rituels, accompagné par des cérémonies et des sacrifices, dans un langage codé et surveillé.

La poussée du mil annonce les premières cérémonies…

Du « Sa Togono » au « Bilé », de la « levée du deuil » aux « Daniés », ou encore lors du « Tabatolou » ou du « Yayimi », de la circoncision ou des mariages… Tant d’occasions pour s’adresser à Ama et combler sa volonté, pour rappeler les règles et célébrer l’appartenance à cette société. 

Une musique pour chaque évènement, des instruments précis et des rythmes dictés par l’Histoire. De la musique pour encourager, musique du bonheur ou musique du mauvais sens… Comme tout le reste, la musique en pays Dogon prend une place importante et significative, toujours en écho avec la cosmogonie et les croyances ancestrales.Un monde fascinant, clos, organisé, qui ne se laisse pas pénétrer facilement et dont les secrets restent sagement dans l’âme des griots.

 

Voici un témoignage du Chef des Griots de Djiguibombo,non loin de Bandiagara…

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#3

FÊTES PEULHS

Qui d’autre que Amadou Hampâté Bâ pouvait être à l’origine d’une intense curiosité pour le Mali ?

 

Sur les traces de l’enfant Peulh, j’avais longtemps rêvé de découvrir tous ces lieux chargés de symbolique... Mopti, Bandiagara, Ségou... Combien de fois avais-je parcouru les terres du Macina à travers les récits du Sage ...

 

Ainsi, de la Main de Fatma dans la région des Monts Hombori, jusque dans la plaine au pied de la falaise de Bandiagara, j’ai marché. Marché pour entendre le son de la flûte traditionnelle... Marché pour rencontrer ces bergers nomades au plus profond du pays...

 

J’y ai trouvé la joie, la fête ; j’y ai partagé des moments simples et humains.

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#4

Sur les rives du fleuve Niger

Amadou Hampâté Bâ n’est pas le seul à avoir alimenté mes rêves... Quelque part au bord du fleuve Niger, un petit village est devenu un mythe: Niafunké.

 

Berceau du blues malien, le delta du Niger a révélé de nombreux artistes, dont l’incontournable Ali Farka Touré. Sa musique envoûtante et contestataire était au service des populations, véhiculant des messages forts qui illustrent le lien entre les autorités et le peuple. Elle transmet, éduque, informe, mais elle valorise également les traditions dans une société en pleine mutation.

 

Ces rythmes traditionnels transposés sur des instruments modernes et amplifiés ont fait naître un style unique et propre à cette région du Sahel. Après la mort du maître en 2007, d’autres ont continué de perpétuer le mythe: Afel Bocoum, Samba Touré, Khaïra Arby...

 

Parcourant le fleuve sur plus de 600 km, de Niafunké à Gao, en passant par Tombouctou, j’ai eu la chance de rencontrer ces artistes et de recueillir leurs témoignages. J’ai découvert que chacun d’entre eux était engagé dans un noble combat... Quand j’écoute leur musique aujourd’hui, je suis d’autant plus envoûtée et je me retrouve de nouveau face à eux.

 

Ces rencontres, je tenais à les partager. Ecoutez leurs paroles, écoutez ce blues... vous saurez.

 

Mais au bord du fleuve Niger, il n’y a pas que l’esprit du blues. Tout un univers s’offre à vous. Une artère pour le Mali, une source de vie indispensable à la survie de nombreuses ethnies, pourtant menacée chaque jour par l’avancée des dunes du Sahara... Les populations se battent, en vain. Bientôt le Général Soumaré ne flottera plus sur les eaux du Niger et le ravitaillement des villages sera très difficile.

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#5

Transes sahariennes

Des rives du fleuve Niger jusqu’aux frontières de l’Algérie, de la Mauritanie ou du Niger, nous quittons l’Afrique telle que nous l’imaginons pour traverser un tout autre univers… le Sahara…

 

Pays de l’imzad (vièle monocorde), du tendé (tambour sur mortier), des femmes poètes... Pays de la tazammart (flûte des bergers et voyageurs) … Sans oublier les guitares électriques des Ishumars. Quel que soit l’instrument, la rythmique vous met en transe, les chants vous emportent et votre esprit se perd loin dans les étendues infinies du désert… Les « Kel Tamasheq » ont conquis le cœur des occidentaux. Ces hommes bleus fascinent.

 

La musique a toujours joué un rôle fondamental dans la société touarègue, comme un ciment social entre les différentes confédérations et demeure aujourd’hui la meilleure garante de son identité. Elle est un moyen d’expression puissant pour faire passer messages et louanges, ou pour partager souffrances et opinions. C’est la voix qui importe. Tout passe par la parole et l’art de la narration est indispensable pour se faire respecter. La poésie fait ainsi partie d’un héritage culturel ancestral et riche. Les instruments sont tout à fait adaptés à la transhumance, légers, peu encombrants ou tour à tour instruments de musique et récipients culinaires.

 

Le terme « takoubelt » signifie « rencontre » et désignait à l’origine les réunions intercommunautaires. Les tribus se rassemblaient à cette occasion pour échanger les nouvelles, parler des éventuels conflits, des problèmes quotidiens et des solutions à envisager ensemble pour faire face aux difficultés rencontrées. Aujourd’hui, ce terme a été repris pour désigner un festival. Ce type de manifestation comprend non seulement des réunions, mais aussi de la musique, de la poésie, des animations, des jeux et concours, des parades de chameaux et des courses… C’est une rencontre intercommunautaire, où l’on parle des projets de développement, des problèmes actuels de la société, de la modernisation de cette société traditionnelle.

 

Lorsque l’on découvre le désert pour la première fois, c’est une explosion d’émotions qui vous envahit…

 

Dans le désert, ce n’est pas le temps qui passe, mais l’Homme qui passe dans le temps. Cet espace remplit les esprits de calme, de silence, et de sérénité. L’ombre du silence couvre les dunes, ainsi, la douce lueur des sentiments rayonne. Le cœur, chaud comme le Soleil, résonne, et appelle le clair de Lune... Léger, le silence... Lourdes, les latences...

 

La « rencontre » approche. L’on dit : « quand les Hommes sont en mouvement, le vent souffle » On n’a pas idée de ce qui nous attend, tellement la vie semble absente ou irréelle en ces lieux, et pourtant…

 

Quand la note frappe, elle vient châtier les nerfs. La réaction physique est immédiate : le cœur se serre, le pouls s’accélère… trop tard. Le tendé a envahi le corps et le cœur suit son rythme. Elégantes, les montures viennent frôler les voiles. Pas un pas, pas un geste n’est imprécis. Les odeurs et les couleurs chauffent, le rythme enivre… Balancée entre les sons, plus rien n’existe… C’est un mariage de bruits qui provoque en moi le chaos, l’émotion pure… D’un geste élégant, le méhariste guide respectueusement sa monture vers les postures les plus gracieuses et les plus séduisantes. Attitudes sûres, naturelles… Le tendé persiste et accable… L’esprit enfermé avale les sons… Puis soudain, une voix vient libérer de l’hypnose. Son visage est caché. Sa voix provient du cœur du désert ; douce, elle chante le courage, la bravoure, l’espoir et l’union. Paroles de prières, certainement. Les hommes se sont rassemblés et de leur voix grave, ils accompagnent en chœur le solo.

Essoufflée, je reste perplexe…

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